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Archive pour novembre 2009

Les Possédés en quête du Graal au théâtre de la Colline

Pour tester la sincérité de Gauvain (Gilles Ostrowsky), Merlin (Rodolphe Dana) se déguise en femme et use de ses "charmes" pour le dérouter... Photo : Elizabeth Carecchio

Dans la série « quête du Graal passée à la moulinette », on connaissait déjà le décalé Sacré Graal des Monty Python. Le collectif Les Possédés, qui joue en ce moment au théâtre de la Colline, nous rappelle qu’il existe une version tout aussi déjantée, imaginée par le dramaturge Tankred Dorst à la fin des années 1970. Dans Merlin ou la terre dévastée, l’enchanteur est fils du Diable. Il rêve pourtant d’un monde où les hommes cesseraient de se taper dessus et bavasseraient gentiment autour d’une table.

Pour les aider à trouver « la bonne voie » et ne penser à rien d’autre, il y aura le Graal. Et Arthur aussi, ado boutonneux devenu roi parce que, coup de bol, il a délivré Excalibur de sa plaque de polystyrène. Oui, Les Possédés ne s’embarrassent pas de détails techniques. Le décor est épuré, fait de bric et de broc : deux tables sur roulettes, quelques chaises pliantes et une armoire en plastique. « Il faut le moins d’artifices possible entre la parole de l’acteur et l’écoute du spectateur, pour essayer d’aller toujours à l’essentiel », explique Rodolphe Dana, acteur et metteur en scène de la pièce.

Dans cette atmosphère dépourvue de fioritures, tout commence plutôt bien. Sur les conseils de Merlin, Arthur déniche des chevaliers en jupe, une table suffisamment grande et, par la même occasion, Guenièvre. La première partie de la pièce est rythmée par un enchaînement de saynètes semblant sortir d’un épisode de Kaamelott. C’est drôle, trash, parfois absurde. Comme les effets très spéciaux, tels les comédiens étalant joyeusement le faux sang sur tout leur corps avant la bataille !

Merlin le désanchanté

Alternant registre shakespearien et parler plus « djeun’s », scènes intimistes et scènes de ménage, les personnages mythiques de la Table ronde se mettent à nu, au propre (!) comme au figuré. Loin d’être les héros qu’on imagine, Tankred Dorst en fait des êtres humains avant tout. « Arthur n’est pas très à l’aise avec le pouvoir. Lancelot n’est pas si à l’aise que ça avec les femmes et Merlin ne sait pas vraiment faire de la magie », résume Rodolphe Dana.

Guenièvre (Marie-Hélène Roig) et Lancelot (Julien Chavrial) en plein câlin. Photo : Elizabeth Caracchio

Et ce n’est rien à côté des névroses des autres personnages, tous parfaitement incarnés. Gauvain, tombeur de ses dames, n’aime rien plus que de batifoler à qui mieux-mieux, avec scène cul(te) à la clé. En manque d’amour paternel, le pervers Mordret est quant à lui animé de pulsions criminelles quasi-incontrôlables. A l’inverse, victime de trop d’amour maternel, le naïf Perceval, tout de slip kangourou vêtu, cherche à échapper à une mère un brin castratrice. Tous ensemble, ils essaient de construire le monde utopique de Merlin sur une terre dévastée par la guerre.

Après l’entracte, la dérision fait place à plus de gravité. Le mal, la trahison, la soif de pouvoir, la tentation, la culpabilité, l’inhumanité… Tous les maux de la terre y passent. C’est plus sombre, plus lent, un peu moins efficace. Mais « l’écoute du spectateur » ne faiblit pas, car après avoir passé 2 heures (la pièce dure 3h30) à regarder ces Possédés, elle s’est attachée à cette troupe pleine d’énergie qui manie le langage du corps aussi bien que celui des mots. Elle s’est laissée emporter par les amours contrariées de Guenièvre et Lancelot, les doutes et la détresse d’Arthur, le charme presque ravageur de Gauvain et la folie dévastatrice de Mordret. Beaucoup d’émotions. De quoi sortir de là tout dévasté…

 
 

Merlin ou la terre dévastée, au Théâtre national de la Colline.
Du mardi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h. Jusqu’au 19 décembre.

Création du collectif Les Possédés, avec Simon Bakhouche, Laurent Bellambe, Julien Chavrial, David Clavel, Rodolphe Dana, Françoise Gazio, Katja Hunsinger, Antoine Kahan, Nadir Legrand, Gilles Ostrowsky, Christophe Paou, Marie-Hélène Roig.
Mis en scène par Rodolphe Dana, d’après l’oeuvre de Tankred Dorst.

Publié le 30 novembre 2009 sur Le 75020.fr

Mickey-la-Torche sort de l’ombre au théâtre de l’Est parisien

Thierry Belnet met en scène et interprète Mickey-la-Torche dans le cadre du cycle "un auteur, un acteur" au théâtre de l'Est parisien. Photo : DR

 

Mickey est vigile à temps partiel. Très partiel même : il ne travaille que le mardi, la nuit. La « vigilance », comme il dit, ça lui est venu petit. Du temps de ses huit ans, quand on lui confiait sa « mémé toute cassée à garder ». Le temps a passé, la petite mémé a trépassé mais la vocation est restée.

Bleu plastique c’est fantastique

Aujourd’hui, à l’aide de sa caméra, d’un génial son et lumière et de beaucoup de poésie, Mickey nous relate les petits riens qui composent son ordinaire existence, avec un parler-vrai bouleversant. Frustré par un job qu’il aimerait exercer à temps partiel toute la semaine, il trompe l’ennui des six autres jours grâce à Lisbeth, sa jolie voisine. Celle qui le rend « timide comme un coquelicot » et qui le scotche aux boîtes aux lettres  quand elle le frôle dans le hall de leur immeuble. 

Car en fait, Lisbeth, il ne la connaît que comme ça, en s’immisçant clandestinement dans ses sacs poubelles, en finissant ses pots de yaourts banane-abricot, en décryptant son intimité sans jamais en faire partie. Mais le jour où un indélicat boucher entre dans la vie de sa dulcinée et vient en souiller les détritus, le petit monde bleu plastique de Mickey s’effondre. Sa bizarrerie si attachante se transforme alors en idées pas très nettes… 

Humain mais cruel, drôle et tout en finesse, un brin morbide mais surtout vivant, le sublime texte de Natacha de Pontcharra encaisse très bien tous les paradoxes. Chapeau bas à l’acteur-metteur en scène Thierry Belnet qui interprète à merveille ce drôle d’oiseau. Seul en scène, il met toutes ses tripes et sa sueur au service de ce paumé des temps modernes, manie le néon comme personne et n’a pas son pareil pour murmurer à l’oreille des chaises avec une sensualité insoupçonnée. 

Mickey-la-Torche
Mise en scène et jouée par Thierry Belnet, texte de Natacha de Pontcharra
Mardi, jeudi et samedi à 21h
Jusqu’au 26 novembre, au théâtre de l’Est parisien
159 ,avenue Gambetta 75020 Paris 

Le cycle « un acteur, un auteur » se poursuivra jusqu’en 2011 au théâtre de l’Est parisien

Publié le 19 novembre 2009 sur Le 75020.fr

Art en Capital : les “parias” de l’art contemporain se serrent les coudes

Pendant le week-end de la Toussaint, les artistes sont venus déposer leurs oeuvres. Photo : Axelle Szczygiel

La belle époque où chacun des grands salons historiques d’art contemporain avait son mois de gloire sous la prestigieuse verrière du Grand Palais est révolue. Depuis sa réouverture il y a quatre ans, l’édifice les accueille simultanément chaque année, à la même période, pendant quelques jours. Art en Capital, nom de cette manifestation, regroupe donc, jusqu’au 9 novembre, la Société des Artistes Français, le Salon des Artistes Indépendants, Comparaisons, le Salon du Dessin et de la Peinture à l’eau et la Société Nationale des Beaux-Arts.

Autant dire que c’est l’occasion de voir se côtoyer des ennemis de longue date. De s’amuser de la proximité de l’espace dédié au Salon des artistes français, le tout premier Salon officiel né sous Louis XIV, avec celui du Salon des artistes indépendants, héritier des “Refusés”, ces peintres (dont Cézanne et Gauguin) longtemps boudés par le Salon officiel, qui ont créé leur propre structure à la fin du XIXe.

“Les rivaux d’hier sont devenus des complices, qui n’aiguisent leurs différences que pour mieux dessiner les traits mouvants de la peinture contemporaine et soutenir l’innombrable multiplicité de ses vibrations.” Ces quelques mots de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, pour accueillir la nouvelle édition d’Art en Capital, “salon au pluriel”, ne reflètent pourtant pas (encore) entièrement la réalité.

Consensus obligatoire

Malgré la bonne volonté de chacun des présidents et celle de Daniel Gallais, commissaire général d’Art en Capital, les frictions historiques ne peuvent s’effacer d’un coup de gomme. “Il est très difficile de faire cohabiter des salons qui n’ont ni les mêmes moyens financiers, ni les mêmes objectifs. Nous devons marcher au consensus”. 

Il faut dire que personne n’a guère le choix. D’abord, parce que le ministère de la Culture en a décidé ainsi, en exigeant la tenue simultanée des cinq salons, mais aussi parce que les contraintes financières appellent à un minimum de bon sens. “Chaque salon doit débourser près de 200.000 euros pour pouvoir être présent”, souligne Jean-Maxime Rolange, président du Salon du dessin et de la peinture à l’eau. Et d’année en année, les conditions se durcissent. Cette fois, Art en Capital a la malchance de tomber une semaine après la fin de la Fiac et ne compte pas plus d’un week-end d’ouverture au grand public. Autant dire que l’organisation se doit d’être millimétrée.

Vive le scandale !

“Pour des bénévoles, on s’en sort plutôt pas mal non ?”,  semble s’enthousiasmer Christian Billet. Mais après le trait d’humour, le président de la Société des Artistes Français enchaîne dans un autre registre pour exprimer ses regrets : “Nous sommes devenus les parias de l’art contemporain car 4/5e des artistes exposant à Art En Capital ne sont pas les ‘valeurs sures’, cotées en bourse, que l’on trouve dans les galeries”.

Il n'y a pas d'âge pour exposer : à Art en Capital, les artistes ont entre 7 et 97 ans ! Photo : Axelle Szczygiel

Cela vaut d’ailleurs souvent les railleries de certains visiteurs, regrette Michel King, vice-président de la Société nationale des beaux-arts. “A ceux qui disent que l’on trouve ici beaucoup de ‘merdes’, je réponds que c’est dans la diversité des talents que l’on trouvera le nouveau Van Gogh !” Et de fustiger l’absence de débats dans la société actuelle. “Le scandale est mort ! Aujourd’hui, on nous dit ce qu’on doit aimer. Je ne suis pas d’accord. Venez, regardez, jugez vous-mêmes !”

Pour Michel King, la réunion, dans un même espace temps, de ces cinq salons est une véritable aubaine pour découvrir l’art contemporain dans toute sa diversité. Reste que, pour chacun d’eux, il faut accepter de perdre un peu de son identité propre.  ”Mais il faut penser à la culture avant tout. Nous devons surmonter nos querelles pour défendre notre espace. L’important, ce sont les artistes”, martèle Dominique Chapelle, fraîchement élue à la tête de la Société des Artistes Indépendants.

Rêve de jeunesse

Des artistes qui ont été plusieurs milliers à envoyer leur dossier de candidature pour “seulement” 2.000 heureux élus. Tous sont impatients de s’en remettre au regard critique du public, à l’image de Marion Constance, venue avec sa toile “la plus complexe, la plus travaillée” pour le Salon du dessin et de la peinture à l’eau. ” C’est quand même exceptionnel de pouvoir exposer au grand Palais !”, confie, non sans émotion, la jeune femme qui vient à Art en Capital pour la première fois.

Pour elle et pour tous les autres, Daniel Gallais continuera donc de se battre pour que perdure le salon. “Nous avons réussi un pari que l’on pensait impossible il y a quelques années. Maintenant, c’est à nous de faire d’Art en Capital un salon incontournable pour le public. Nous allons lui donner une image moderne, dynamique. Mais va-t-on nous laisser le temps d’arriver à maturité ?” Toute la question est là. 

Art en Capital, au Grand Palais jusqu’au 9 novembre.

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