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Art en Capital : les “parias” de l’art contemporain se serrent les coudes

Pendant le week-end de la Toussaint, les artistes sont venus déposer leurs oeuvres. Photo : Axelle Szczygiel

La belle époque où chacun des grands salons historiques d’art contemporain avait son mois de gloire sous la prestigieuse verrière du Grand Palais est révolue. Depuis sa réouverture il y a quatre ans, l’édifice les accueille simultanément chaque année, à la même période, pendant quelques jours. Art en Capital, nom de cette manifestation, regroupe donc, jusqu’au 9 novembre, la Société des Artistes Français, le Salon des Artistes Indépendants, Comparaisons, le Salon du Dessin et de la Peinture à l’eau et la Société Nationale des Beaux-Arts.

Autant dire que c’est l’occasion de voir se côtoyer des ennemis de longue date. De s’amuser de la proximité de l’espace dédié au Salon des artistes français, le tout premier Salon officiel né sous Louis XIV, avec celui du Salon des artistes indépendants, héritier des “Refusés”, ces peintres (dont Cézanne et Gauguin) longtemps boudés par le Salon officiel, qui ont créé leur propre structure à la fin du XIXe.

“Les rivaux d’hier sont devenus des complices, qui n’aiguisent leurs différences que pour mieux dessiner les traits mouvants de la peinture contemporaine et soutenir l’innombrable multiplicité de ses vibrations.” Ces quelques mots de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, pour accueillir la nouvelle édition d’Art en Capital, “salon au pluriel”, ne reflètent pourtant pas (encore) entièrement la réalité.

Consensus obligatoire

Malgré la bonne volonté de chacun des présidents et celle de Daniel Gallais, commissaire général d’Art en Capital, les frictions historiques ne peuvent s’effacer d’un coup de gomme. “Il est très difficile de faire cohabiter des salons qui n’ont ni les mêmes moyens financiers, ni les mêmes objectifs. Nous devons marcher au consensus”. 

Il faut dire que personne n’a guère le choix. D’abord, parce que le ministère de la Culture en a décidé ainsi, en exigeant la tenue simultanée des cinq salons, mais aussi parce que les contraintes financières appellent à un minimum de bon sens. “Chaque salon doit débourser près de 200.000 euros pour pouvoir être présent”, souligne Jean-Maxime Rolange, président du Salon du dessin et de la peinture à l’eau. Et d’année en année, les conditions se durcissent. Cette fois, Art en Capital a la malchance de tomber une semaine après la fin de la Fiac et ne compte pas plus d’un week-end d’ouverture au grand public. Autant dire que l’organisation se doit d’être millimétrée.

Vive le scandale !

“Pour des bénévoles, on s’en sort plutôt pas mal non ?”,  semble s’enthousiasmer Christian Billet. Mais après le trait d’humour, le président de la Société des Artistes Français enchaîne dans un autre registre pour exprimer ses regrets : “Nous sommes devenus les parias de l’art contemporain car 4/5e des artistes exposant à Art En Capital ne sont pas les ‘valeurs sures’, cotées en bourse, que l’on trouve dans les galeries”.

Il n'y a pas d'âge pour exposer : à Art en Capital, les artistes ont entre 7 et 97 ans ! Photo : Axelle Szczygiel

Cela vaut d’ailleurs souvent les railleries de certains visiteurs, regrette Michel King, vice-président de la Société nationale des beaux-arts. “A ceux qui disent que l’on trouve ici beaucoup de ‘merdes’, je réponds que c’est dans la diversité des talents que l’on trouvera le nouveau Van Gogh !” Et de fustiger l’absence de débats dans la société actuelle. “Le scandale est mort ! Aujourd’hui, on nous dit ce qu’on doit aimer. Je ne suis pas d’accord. Venez, regardez, jugez vous-mêmes !”

Pour Michel King, la réunion, dans un même espace temps, de ces cinq salons est une véritable aubaine pour découvrir l’art contemporain dans toute sa diversité. Reste que, pour chacun d’eux, il faut accepter de perdre un peu de son identité propre.  ”Mais il faut penser à la culture avant tout. Nous devons surmonter nos querelles pour défendre notre espace. L’important, ce sont les artistes”, martèle Dominique Chapelle, fraîchement élue à la tête de la Société des Artistes Indépendants.

Rêve de jeunesse

Des artistes qui ont été plusieurs milliers à envoyer leur dossier de candidature pour “seulement” 2.000 heureux élus. Tous sont impatients de s’en remettre au regard critique du public, à l’image de Marion Constance, venue avec sa toile “la plus complexe, la plus travaillée” pour le Salon du dessin et de la peinture à l’eau. ” C’est quand même exceptionnel de pouvoir exposer au grand Palais !”, confie, non sans émotion, la jeune femme qui vient à Art en Capital pour la première fois.

Pour elle et pour tous les autres, Daniel Gallais continuera donc de se battre pour que perdure le salon. “Nous avons réussi un pari que l’on pensait impossible il y a quelques années. Maintenant, c’est à nous de faire d’Art en Capital un salon incontournable pour le public. Nous allons lui donner une image moderne, dynamique. Mais va-t-on nous laisser le temps d’arriver à maturité ?” Toute la question est là. 

Art en Capital, au Grand Palais jusqu’au 9 novembre.

Alberto Breccia, l’Argentin qui inspira Frank Miller

En exposant le travail de cet artiste jusqu’au 20 avril prochain, Rina Zavagli, directrice de la galerie Martel, entend faire découvrir au grand public l’un des plus illustres représentants du 9e art.

Qui est Alberto Breccia ?

Alberto Breccia était un grand maître argentin, décédé il y a 16 ans. Il a donné vie à énormément de bandes dessinées mais était surtout un grand expérimentateur. De nombreux artistes se sont inspirés de lui. Je pense notamment à José Munoz, dont il fut le professeur, Lorenzo Mattoti ou encore Frank Miller.

Pourquoi cette exposition aujourd’hui ?  

Cet autodidacte a fait un travail exceptionnel. Exposer ses originaux, notamment les planches de la BD Mort Cinder, permet de bien mettre en valeur toutes les techniques qu’il a mises au point. Admirez ce savoir-faire : il lui arrivait de dessiner à la lame de rasoir ou même avec des gants de caoutchouc ! Cela donne des résultats vraiment très différents. Au final, quand on regarde l’expo, on n’a pas l’impression qu’une seule et même personne est l’auteur de tous ces dessins.

Cela n’a-t-il pas joué en sa défaveur ?

Le grand public a en effet du mal à le reconnaître, mais Alberto Breccia n’a jamais souhaité se conformer aux standards de la bande dessinée. Il disait très souvent : « je veux travailler en toute liberté et si mon travail reste dans le secret, ce n’est pas grave, j’assume ». Tel était son état d’esprit jusqu’à la fin.

Galerie Martel
17 rue Martel 75010 Paris
Ouverture du mardi au samedi de 14h30 à 19h

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